LE ROI ET LA RÉSOLUTION DES CONFLITS EN AFRIQUE
RÉSOLUTION DES CONFLITS DANS LES SOCIÉTÉS TRADITIONNELLES AFRICAINES:
En Afrique traditionnelle, la justice était un fondement important de son fonctionnement. Cette justice garantissait le vivre ensemble et la résolution efficace des conflits de tous genres.
Ainsi, les acteurs de la justice y jouaient un rôle très crucial. C’est pourquoi ceux-ci sont impliqués dans l’exercice de la recherche de la vérité. Ils ont la responsabilité de conduire le procès depuis la phase de saisine de la cour jusqu’à la réconciliation en passant par le verdict.
Ils travaillent d’arrache pieds afin que, seule la vérité triomphe. Ces acteurs mettent en place tous les éléments nécessaires permettant de faire valoir l’équité, gage d’une cohésion sociale digne de ce nom.
Qui sont ceux-là qui concourent à la recherche de la vérité de la parole et de la droiture ?
Selon A. Tikpi, anthropologue et juriste togolais, selon la conception “tém” du monde ou de l’univers, nous avons des acteurs visibles et des acteurs invisibles pour la manifestation de la vérité, la recherche de l’équilibre, de l’harmonie rompue par la transgression ou le litige, pour le retour à l’ordre socio- cosmique. Il s’agit de la cour du roi et du monde invisible.
Le roi:
La justice est rendue par la cour du roi de façon collégiale mais sous l’autorité et la bienveillance du roi.
Au cours du procès, le roi ne parle presque pas. Un visiteur qui assiste à un procès devant le roi Tém risque de prendre “Kpékpassi” pour le roi. Or c’est titre à la cours royale, utilisé aujourd’hui par les Tém comme un nom propre. En réalité, il est le vice-roi ou le premier ministre de la cours royale.
En effet, ce personnage qui, en tête des notables, a pour devoir de poser des questions. C’est encore lui qui gère la parole. Il la donne aux notables, aux parties ou au prévenu, aux témoins, et à toute personne qui veut intervenir pour que la vérité se manifeste. Il ouvre la séance, tient la police de l’audience, lève la séance. C’est lui en fait, pour tout dire, qui dirige l’audience. Quand le roi se lève, suspendant ou mettant ainsi fin au procès, c’est encore lui qui libère tout le monde sans oublier qu’il a la responsabilité de délivrer la sentence sous l’autorité du roi.
Le roi étant l’être sacré par excellence selon l’expression du professeur Cheikh Anta Diop, c’est lui qui est à même de faire régner la justice. C’est là une de ses responsabilités à côté de celle liée à « la fertilité du sol, l’abondance des récoltes, la santé du peuple et des troupeaux, le déroulement normal de tous les évènements, de tous les phénomènes de la vie ... intimement liés au potentiel de la force vitale du roi ». Il est le symbole et la personnification de la vérité. Parce que le roi est juge, « la tradition en a tenu compte dans les critères de désignation du roi » nous a affirmé un notable. À la question, quels sont les critères de désignation d’un roi ou qu’est-ce qui fait d’un roi, un bon roi, la réponse est sans ambages : un bon roi doit être juste, doit dire la vérité. Il ne connaît ni beau père ni belle mère.
Le droit dit à la cour du roi n’est pas l’émanation de celui-ci. C’est un droit transcendant qui s’impose au roi et au peuple car « le roi règne et la coutume gouverne » pour reprendre Salfo Albert Balima qui affirme, parlant des Mossi : « Le principe c’est que les décisions du Naba ne sont pas prises selon sa volonté et encore moins selon sa fantaisie ou selon son bon plaisir (....) même le Mog- Naba n’est pas libre. Il est l’esclave de la loi, de la coutume ou de l’ensemble des traditions séculaires dont le respect, aux dires des anciens, a assuré la survie, la vie et la gloire du pays». La parole du roi et mêmes ses gestes ont été réglementés. Le roi est grand mais il est grand pour voir la vérité, d’après un de nos informateurs. Il doit alors cultiver tout le long de son règne la justice et son entourage œuvre dans ce sens. La grandeur, pour paraphraser Joseph Ki-berbo, doit être assez forte pour dominer la violence et l’injustice.
La postérité est aussi quelque chose de préoccupant pour le roi. C’est la raison pour laquelle, il faut laisser du bien, de la justice derrière soi, mourir dans la vérité. C’est seulement dans ces conditions que le nom pourra survivre à la personne physique.
Un dicton exprime le vœu suivant: «Que le nom dure plus que son porteur ».Pour le chef de Yélivo, le roi au lieu d’écraser les citoyens, combat la violence et l’injustice ; c’est une puissance, c’est vrai, mais une puissance productrice de justice, de vérité, d’équilibre. « La loi n’est pas dans la pensée traditionnelle, un attribut du pouvoir, l’ordre que le souverain dicte à son peuple ; elle est l’ordre des choses qui s’impose à l’homme vivant en société » et le roi est aussi cet homme.
Extrait du mémoire de maîtrise de Atchadam Tikpi, juriste et anthropologue togolais, commenté par Koko... Consulter l’université de Lomé, département d’anthropologie et d’études africaine pour la totalité du travail de l’auteur...
À suivre...



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